Moi, ce que j’aime, c’est Emil Ferris par Lawrence-Yves Thibodeau

Salon du livre de Montréal – Vendredi 16 novembre 2018

Aussitôt assise à sa table de dédicace, Emil Ferris me regarde droit dans les yeux et me dit que mon signe astrologique est vierge et que je suis un artiste. Dans les minutes qui suivent, l’autoproclamée sorcière ne cesse de me surprendre. Elle dessine un portrait de moi en Frankenstein tout en m’expliquant son mode de vie. Elle le dit bordélique depuis qu’elle a gagné le prix Eisner du meilleur album, de la meilleure auteure et de la meilleure colorisation pour son roman graphique Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Il faut dire qu’en vérité, toute sa vie a été bordélique jusqu’à aujourd’hui…

C’est lors de son 40e anniversaire, en 2002, qu’elle a été piquée par un moustique qui transportait le virus du Nil. Pendant des mois, elle a perdu l’usage de sa main droite et de ses jambes. C’est sa fille, alors âgée de 6 ans, qui a encouragé la bédéiste à recommencer à dessiner en attachant des stylos billes à la main de sa mère. Emil Ferris a ainsi recommencé à dessiner dans ses cahiers lignés. Et, même lorsqu’elle se fait mettre à la rue par le propriétaire de son immeuble, elle continue de travailler. Pauvre, mais persévérante, l’auteure termine son œuvre de 416 pages dans le moment le plus sombre de sa vie. Malheureusement, son manuscrit est refusé 48 fois par des maisons d’édition. Pis encore, la compagnie d’impression chinoise ayant accepté d’imprimer son œuvre fait faillite. Malgré tous ces malheurs, son premier livre est dorénavant sur les tablettes et rayonne d’un succès monstre – sans vouloir faire de jeu de mot avec son titre.

Abordant la mort, l’art et la violence avec talent, Emil Ferris présente l’enfance de Karen Reye à la fin des années 1960. Un matin, sa voisine Anka Silverberg, est retrouvée morte avec une balle dans le cœur. Tout le monde croit à un suicide, sauf Karen, qui commence sa propre enquête dans les rues malfamées de Chicago.

Magnifiquement traduit chez Alto, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est enfin disponible pour tous les passionnés de littérature et sera sous peu accompagné de la suite, dont la sortie est prévue aux États-Unis en septembre 2019. Ses autres fans espérent qu’elle sera traduite en français rapidement.

 

Lawrence-Yves Thibodeau