Entrevue avec Caroline Allard par Tanya Labonté

Lors de la soirée Prométhée, Tanya Labonté a eu la chance de s’entretenir avec Caroline Allard, romancière, scénariste et plus encore. Voici son entrevue.

Est-ce la première fois que vous animez une soirée comme celle-ci ?

  • J’ai déjà animé un atelier d’écriture de blogue auprès d’étudiants de cégep il y a quelques années et j’ai récemment donné une conférence à l’Intercollégial de philosophie. Ce sont toujours des occasions que j’apprécie beaucoup, les étudiants sont un bon public avec beaucoup d’imagination!

Croyez-vous que la littérature devrait prendre une place plus importante dans la vie des jeunes ?

  • Cette question me fait toujours rire, comme si c’était seulement les jeunes qui lisaient moins. Moi-même, je lis vraiment moins qu’avant, pour toutes sortes de raisons. Comme j’écris beaucoup, on dirait qu’à la fin de la journée, j’ai dépassé mon « quota de mots » et c’est plus facile de me reposer devant une série télé… Mais j’essaie de lire davantage ces temps-ci parce que je trouve qu’on s’évade plus avec la lecture, et que les territoires qu’on explore en lisant ont plus de profondeur. Donc oui, la littérature devrait prendre plus de place dans la vie des jeunes, mais de tout le monde aussi!

Sinon, pour revenir à votre carrière d’écrivaine, j’ai remarqué que l’humour prenait une grande place dans votre œuvre. J’aimerais donc savoir les raisons qui vous poussent à développer le côté humoristique dans vos livres ?

  • La principale raison est que je ne peux pas m’en empêcher! Mon style de base, c’est l’humour. Je trouve ça tellement facile que j’ai même de la difficulté à écrire des textes plus sérieux. Cela dit, l’humour est aussi un merveilleux outil pour parler de toutes sortes de sujets délicats. Dans mon cas, j’ai abordé la maternité et le sexe par le biais de l’humour, et ça touche beaucoup les gens, qui hésitent moins à partager avec moi leurs questionnements que si j’écrivais des choses sérieuses. L’humour permet de dédramatiser et d’échanger sans se sentir jugé.

Cependant, n’est-ce pas difficile de toujours voir le bon côté des choses et d’être constamment positive, peu importe la situation ?

  • Auparavant, j’aurais dit « non », mais j’ai vécu ce côté difficile récemment. J’ai reçu un diagnostic de cancer du sein en 2017, et au début, j’essayais de ne voir que le côté « comique » de la chose (et oui, il y a plein de côtés comiques dans un cancer – comme faire peur aux enfants avec mon crâne chauve, hihi!). Mais rapidement, je me suis rendue compte que paradoxalement, c’était lourd de vouloir tout prendre à la légère. Il faut accepter que les événements de la vie aient parfois un côté dramatique. Une fois que j’ai accepté de vivre ça et d’écrire dans un cahier mon expérience complète (avec les hauts et les bas), un grand poids s’est enlevé de mes épaules!

Vous écrivez des œuvres qui sont souvent pratiques ou dans le but d’aider les femmes et les hommes dans leur vie quotidienne. Je pense surtout aux Chroniques d’une mère indigne et à L’abécédaire du plaisir solitaire. Est-ce une manière de non seulement aider les gens, mais aussi de vous rassurer vous-même en tant que mère et femme?

  • Absolument! Je dirais que mon but premier, même si je ne me l’avoue pas toujours, est d’être rassurée. Si les gens aiment ce que j’écris, ouf!, ça veut dire que je suis « normale »! Ça m’a toujours étonnée de me rendre compte ensuite que moi aussi, j’aidais les autres!

Est-ce que, depuis l’annonce de votre cancer, quelque chose a changé dans votre façon d’écrire, de voir la vie ? Vos motivations sont-elles les mêmes ?

  • Ma façon de voir la vie n’a pas tellement changé. J’ai toujours pas mal vécu dans le moment présent (l’état de mes RÉER le prouve malheureusement) et après une telle maladie, c’est quelque chose qui semble encore plus important. Mais par rapport à l’écriture, je réalise qu’en tant qu’auteure, je n’aurais pas pu écrire avec une très grande justesse sur les femmes qui vivent un cancer avant de l’avoir vécu. Je ne veux pas dire qu’il faut tout vivre avant de pouvoir écrire à ce sujet, mais ça m’a fait prendre conscience de l’importance de valider certaines impressions avec des gens qui vivent des situations dont on parle dans nos textes.

Quel est votre emploi du temps actuel ?

  • J’écris beaucoup pour la télévision, surtout pour des émissions jeunesse (j’adore la fantaisie de ce genre d’écriture). Je fais des chroniques à la radio, j’écris parfois des billets pour des revues, j’enseigne l’écriture de sketchs à l’École nationale de l’humour, je donne des ateliers comme celui de ce soir… bref, mon quotidien est une courtepointe faite de plusieurs sortes d’activités reliées à l’écriture. Comme je suis une touche-à-tout, ça me convient très bien!

Pour terminer notre entrevue, je demanderais quel conseil donneriez-vous à un jeune écrivain qui souhaite être publié ?

  • Le plus important pour rejoindre les gens est de rester authentique, peu importe ce qu’on écrit. À mon avis, il faut choisir un sujet qui nous allume et pas un sujet « qui fait vendre ». Notre passion est la meilleure courroie de transmission de nos écrits au public. Mais le conseil numéro 1, avant même l’authenticité, c’est d’écrire! S’asseoir pour aligner des mots, c’est moins glamour qu’on se l’imagine souvent. Il faut s’y mettre et rester discipliné… et j’essaie de me le répéter le plus souvent possible moi-même parce que je suis une grande procrastinatrice!