Critique de La bibliothèque interdite par Joëlle Thomas-Lemaire

La pièce de théâtre La bibliothèque interdite, mise en scène par Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard, jouait les 2 et 3 octobre 2018 au Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean. Sur scène il y avait l’acteur, Sébastien Ricard, et les musiciens du groupe Tango Boréal, composé de Matthieu Léveillé (guitare), Francis Palma (contrebasse) et Denis Plante (bandonéon). L’auteur de cette pièce est Denis Plante.

J’ai assisté à une représentation et je dois avouer que je suis sortie de là un peu abasourdie. L’œuvre explique la situation politique, économique et sociale en Argentine dans les années 1940, sous un régime dictatorial militaire. Comme il n’y a qu’un seul personnage, la pièce, surtout composée de monologues, est agrémentée de chansons tango. Elle met en scène un poète, concierge dans une bibliothèque dite interdite, qui est retenu prisonnier, car le régime militaire veut obtenir de l’information sur la bibliothèque.

Cette pièce de théâtre martèle l’oppression que vivaient certaines personnes à cette époque sous un tel régime dictatorial. Cette oppression se traduit par le peu de liberté accordé au personnage, l’interdiction de communiquer avec l’extérieur, la manipulation psychologique, l’emprisonnement soudain et sans avertissement; ce à quoi il faut ajouter le fait que lui-même ne sait pas pourquoi il est gardé captif par les autorités. On comprend vite que la bibliothèque interdite devait être un lieu proscrit par le régime au pouvoir pour empêcher le peuple d’acquérir des connaissances qui pourraient mener à la rébellion. Tout au long de la représentation, on sent la détresse du personnage à l’égard de ce qui lui arrive. On ressent sa solitude et son aliénation, qui devient avec le temps un début de folie.

Par ailleurs, cette œuvre est très riche, voire foisonnante. Ironiquement, sa forme est très minimaliste. Le décor est quasi inexistant : trois chaises, un crâne d’animal, une machine à écrire et une ampoule. J’ai beaucoup aimé ce choix de mise en scène; celle-ci concentre tout sur le personnage principal, qui accentue alors l’importance de ses paroles, tant les chansons que ses mots poétiques. De plus, cette épuration stylistique peut rappeler le manque de ressources qui se faisait sentir à l’époque.

J’ai aussi aimé la présence des musiciens. Parfois, ils prennent part aux monologues du personnage principal, ils jouent le rôle de militaires argentins et, grâce à leurs instruments, ils nous font ressentir les émotions du personnage. Par exemple, on comprend l’agitation émotionnelle de celui-ci au fil des notes jouées rapidement à la contrebasse. Unique en son genre, par son personnage solitaire et son décor dépouillé, cette pièce est très bien exécutée et le résultat était fort agréable à regarder.

Cette pièce est chargée de sens, elle peut même nous faire penser à notre société actuelle par la façon dont certains médias cachent l’information ou la traitent et la manipulent. Elle peut aussi faire réfléchir aux actions de certains gouvernements qui semblent employer les mêmes techniques pour brimer la liberté individuelle, ou pour manipuler la population, comme le gouvernement Trump, qui crie à la fausse nouvelle pour détourner l’attention et étaler sa propagande.

Joëlle Thomas-Lemaire